Âé¶ą´«Ă˝ÍřŐľ

ąó°ů˛ą˛Ôł¦´Ç´ÚĂŞłŮ±đ 2026: RĂ©flexions des MPP sur la dĂ©mocratisation du discours public grâce aux rĂ©seaux sociaux

Deux MPP de Max Bell partagent leurs rĂ©flexions après avoir assistĂ© Ă  notre Ă©vĂ©nement conjoint de la ąó°ů˛ą˛Ôł¦´Ç´ÚĂŞłŮ±đ, intitulĂ© « L'Ă©cosystème mĂ©diatique moderne ».

ł˘˛ąĚý de l’Université Âé¶ą´«Ă˝ÍřŐľ est une mois consacrĂ©e à la cĂ©lĂ©bration de tous les aspects de la langue française, qu’il s’agisse de la culture qu’elle incarne, des villes qui en vivent, ou encore des personnes aux quatre coins du monde qui la parlent au quotidien. Dans le cadre de la ąó°ů˛ą˛Ôł¦´Ç´ÚĂŞłŮ±đ 2026, les MPP francophones TimothĂ©e de Lestrange et ThĂ©o Sainte-Marie partagent leurs rĂ©flexions sur les points clĂ©s de la confĂ©rence intitulĂ©e « L'Ă©cosystème mĂ©diatique moderne : risques, rĂ©alitĂ©s et responsabilitĂ©s », animĂ©e par Farnell Morisset et Aengus Bridgman.

Farnell Morisset est une nouvelle figure des réseaux sociaux, venant grossir les rangs des « influenceurs » qui se tournent vers la politique et l’actualité pour créer du contenu. Pourtant, dans l’écosystème relativement restreint des réseaux sociaux canadiens, il s’impose déjà comme l’une des voix majeures du Québec.

DiplĂ´mĂ© de l’UniversitĂ© Âé¶ą´«Ă˝ÍřŐľ et de la London School of Economics et avocat de formation, Farnell a passĂ© quelques annĂ©es aux États-Unis avant de revenir rĂ©cemment au Canada. De son propre aveu, devenir « influenceur » ne promet ni une carrière particulièrement lucrative ni un milieu rĂ©ellement accueillant. Sans surprise, les internautes se sont rĂ©vĂ©lĂ©s un public ambivalent, oĂą un engagement rĂ©flĂ©chi Ă  son contenu cĂ´toie parfois certaines rĂ©actions virulentes. GĂ©nĂ©ralement, il fait de son mieux pour ignorer cette dernière rĂ©alitĂ©.

À ses côtés, Aengus Bridgman est directeur du Media Ecosystem Observatory à l’École Max Bell de politiques publiques. Figure académique de premier plan dans le domaine de l’intelligence artificielle et de l’évolution des médias, il a apporté une riche expertise sur les implications techniques des enjeux abordés, venant compléter la perspective plutôt sociale de M. Morisset.

Menée entièrement en français, la discussion a permis aux deux intervenants d’explorer les intersections entre les réseaux sociaux, la vie privée, l’intelligence artificielle et la politique dans le monde contemporain. Partant des enjeux de mésinformation et de désinformation dans l’environnement numérique, Bridgman et Morisset ont rapidement abordé les différences entre les univers des influenceurs américains et canadiens, ainsi que les risques personnels associés à la vie (rendue pas si volontairement) publique. Néanmoins, Morisset adopte une vision résolument positive : il se décrit, avec ses pairs, comme un « cinquième pouvoir», capable, dans une certaine mesure, de tenir pour responsables à la fois le monde politique et les médias traditionnels.

Cela dit, les risques sociétaux plus approfondis liés à la prolifération des médias sur Internet demeurent bien réels. Si Morisset et ses contemporains proposent une nouvelle manière de maintenir une population électorale informée, particulièrement chez les jeunes, cela s’accompagne d’un certain coût. Certains acteurs jouissant d’une audience considérable — que les panélistes ont choisi de ne pas nommer — ont délibérément diffusé des récits erronés ou fortement biaisés, possiblement même sous l’influence d’entités étrangères. Le « cinquième pouvoir », ont-ils alors souligné, devra lui aussi faire l’objet de contrepoids, puisque le tribunal de l’opinion publique s’est souvent montré faible. Cette question rejoint également les risques liés à l'accès non restreint des jeunes aux réseaux sociaux, sujet sur lequel Morisset et Bridgman ont légèrement divergé, position reflétée par un public appréhensif. La menace des algorithmes, notamment, pourrait nuire considérablement au développement et à la santé mentale des jeunes. Mais alors que certains prônent l’instauration de barrières d’accès pour les moins de 16 ans, Morisset est demeuré fidèle à son optimisme, affirmant qu’une éducation responsable à l’usage d’Internet constitue un outil bien plus efficace que de simples interdictions généralisées.

La discussion a tenu l’ensemble des personnes prĂ©sentes en haleine, suscitant un vif intĂ©rĂŞt pour approfondir ces enjeux. Aussi gĂ©nĂ©reux de leur temps que de leurs idĂ©es, les deux intervenants ont animĂ© cette portion de la ąó°ů˛ą˛Ôł¦´Ç´ÚĂŞłŮ±đ par un Ă©change intellectuel rigoureux et stimulant.

Au sortir de cette discussion fructueuse, une question subsistait : les réseaux sociaux sont-ils un cinquième pouvoir démocratique ?

La remarque de Farnell Morisset était la suivante: de par leurs capacités d’investigation, les médias traditionnels sont souvent vus comme un quatrième pouvoir informel, exerçant une action de contrôle sur les trois autres (exécutif: les gouvernements, législatif: les parlements, judiciaire: les tribunaux). Mais force est de constater que les médias ne se contrôlent pas vraiment entre eux. Il est rare qu’un journal en critique frontalement un autre ou remette en question le travail de ses pairs. En effet, le champ médiatique est un monde assez imperméable. Quand on regarde un plateau de télévision, les chroniqueurs sont à peu près tous socialement homogènes.

Les réseaux sociaux ont quant à eux permis une démocratisation de la parole publique, avec non seulement des figures émergentes “qui nous ressemblent”, à l’instar de Farnell Morisset, mais également avec la possibilité pour les internautes moins suivis de commenter, de réagir, de partager, et même “d’exploser” avec un contenu viral. Cette diversité parmi ceux qui “ont la parole”, couplée avec la possibilité d'interpeller directement nos décideurs politiques et de “debunker” les médias traditionnels, qui feraient des réseaux sociaux un cinquième pouvoir. Enfin, les internautes se contrôlent et se critiquent entre eux, ce qui est plus rare dans les médias traditionnels.

À cette réflexion, nous restons prudents. Nous sommes assez d’accord avec le fond du propos, les réseaux sociaux pourraient être un cinquième pouvoir, mais ce n’est pas parce qu’ils ont le potentiel de rendre notre société plus démocratique que c’est nécessairement ce qui est en train de se passer.

Aussi, nous tenons à préciser que nous ne voulons pas faire dire à Morisset ce qu’il n’a pas dit. Il a lui-même abordé certaines des limites que nous allons analyser. Les remarques qui suivent visent seulement à approfondir la discussion.

Sur les 21 millions d’utilisateurs d’Instagram au Canada, seule une petite poignée est considérée comme des “influenceurs”. Ceux-là sont certes un peu plus homogènes socialement que dans le monde politique et médiatique traditionnel, mais les “leaders d’opinion”, c’est-à-dire les gens qui influencent leur entourage dans la perception de l’actualité politique, ont toujours existé, et ce dans tous les cercles sociaux.

Il est vrai que les réseaux sociaux ont permis à des personnes plus lambda de “percer”, redistribuant de fait la parole publique. Mais penser que cette distribution est équitable et démocratique serait oublier qu’elle s’est faite au gré d’algorithmes dont personne ne connaît le fonctionnement, aux mains d’entreprises privées majoritairement états-uniennes qui ont le but politique affirmé d’influencer les opinions politiques de leurs utilisateurs – comme sur X contrôlé par le multimilliardaire d’extrême droite Elon Musk –, et dont toutes ont prêté allégeance à Donald Trump et à ses idées fascistes suite à son investiture en 2025.

De plus, le contenu de cette parole lui-même est contrôlé. Si la modération de ces plateformes est censée empêcher la diffusion de contenus désinformationnels, haineux ou dangereux, seul TikTok le fait plus ou moins. En 2026, il suffit de quelques minutes de scroll pour qu’une personne vulnérable se voie proposer du contenu suicidaire. De l’autre côté, des mots indispensables au débat public sont eux-mêmes bien censurés. Les contenus dénonçant les violences de genre sont supprimés à la moindre mention du mot “viol”, et les vidéos d’Histoire rappelant la barbarie du fascisme ne peuvent pas contenir le mot “nazisme”, par exemple. Ensuite, les algorithmes des réseaux sociaux fonctionnent “en silos” ou “[en] bulles” et les utilisateurs peuvent vite se retrouver pris dans des spirales conspirationnistes ou masculinistes.

La façon dont la parole est distribuée, le contenu de cette parole, l’ampleur et la composition du public qui la reçoit, tout cela n’est fondamentalement pas démocratique sur les réseaux sociaux. Pourtant, nous sommes persuadés de leur potentiel démocratique. Mais pour qu’ils deviennent le reflet de la place publique, pour qu’ils permettent aux citoyens de débattre et à la démocratie de grandir, il est absolument indispensable de revoir jusqu’aux fondements de leur fonctionnement.

Pour le moment, les médias sociaux ne poursuivent pas un but ni démocratique ni social et leurs algorithmes manquent cruellement de transparence. Il appartient désormais aux décideurs publics de se saisir de ce problème public et de faire en sorte que la démocratie soit intégrée dès la conception même des réseaux sociaux et de leurs algorithmes.

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